Intouchables est-il intouchable?

Nadia 23 décembre 2011 6

C’est par curiosité que je suis allée voir le film Intouchables. Et ce que j’ai ressenti juste après la séance, c’est que ce film est pour moi exactement intouchable. Driss, un jeune sénégalais sort tout juste de prison. Il se présente chez Philippe, un tétraplégique, pour le poste d’aide-soignant. Persuadé qu’il ne sera pas embauché, il lui demande une signature pour attester de son passage chez lui afin de pouvoir continuer à bénéficier de ses ASSEDIC. Malgré le fait qu’il n’ait aucunes références professionnelles, Philippe l’engage.

Dans la première scène, Driss s’occupe de Philippe et celui-ci lui demande : « Est-ce que vous savez ce que signifie être un assisté ?». Philippe se présente, en effet, comme un assisté physiquement diminué. Cette question peut renvoyer à l’image que représente Driss: N’est-il pas lui un assisté dépendant des aides financières de l’État ? Par conséquent, Philippe apparaît donc comme un citoyen respectable qui offre généreusement un confort matériel et un emploi à un individu qui est une charge pour notre société. Cet aristocrate est un homme brisé suite à un accident de parapente, veuf et très fortuné. Driss est un jeune des frontières périphériques. Il est issu d’une famille nombreuse et monoparentale. Il est sans doute aux yeux de Philippe une aventure sociale. Ce jeune n’ayant pas lui de limites dans ses déplacements va entrainer Philippe. Celui-ci le choisit comme un bon spécimen de compagnie rompant ainsi avec son statut social, aux gens de son milieu, parfois indifférents à son handicap.

Le jeune de la banlieue apparait dans ce film comme un individu sans cervelle et agissant avec cupidité. Son humour de demeuré, souvent lourd et son inculture montre encore une fois une représentation caricaturale d’un pur produit de banlieue. Driss est un voleur, consommateur de shit, d’alcool et de prostituées. Philippe, lui, est un homme délicat, cultivé, amateur d’art et de littérature. Ce contraste paradoxal souligne une forme de néocolonialisme dans lequel bien que « le blanc » n’ait plus ses capacités physiques, il détient tout de même une intelligence et une culture bien supérieures à celle de « l’indigène ». Driss est la force physique et Philippe l’homme avec un cerveau mais sans corps.

Quand Philippe parle de Driss, ce n’est pas avec un respect pour sa personnalité, il dit : « il est grand musclé, il n’a pas beaucoup de compassion pour moi, il ne me regarde pas avec pitié. Parfois il me tend le téléphone parce qu’il oublie que je suis tétraplégique ». Ce qui semble partir d’un bon sentiment compassionnel, cache, à mon avis, un réel mépris pour ce jeune. Et lorsque Driss affirme : « Je suis vos pieds et vos jambes n’est ce pas ? », il souligne encore un peu plus sa force physique démunie de capacités intellectuelles.

De par son handicap, Philippe est un homme mis à l’écart de la société tout comme Driss. Cependant, sa fortune qui lui permettent des achats de tableaux couteux, lui obtiennent la considération. On nous montre l’insensibilité artistique de Driss voir son irrespect. L’argent l’obsède à tel point qu’il se lance dans la peinture en s’imaginant qu’il fera fortune en vendant sa création picturale.Philippe consomme du shit et se fait percer l’oreille tout comme Driss qui a donc une influence négative alors que Driss découvre et finit par apprécier la musique classique, valeurs positives. On subit tout au long du film une avalanche de clichés. On a même droit à une histoire d’amour entre Philippe et Éléonore, une correspondante où Driss sert d’intermédiaire. Philippe trouve le bonheur malgré son handicap. Quant à Driss, il se retrouve seul à la fin. Durant une course poursuite, Driss provoque la police. Le jeune continue à être un hors la loi et Philippe devient complice en simulant une crise d’épilepsie pour permettre à Driss d’échapper à une condamnation judiciaire. Je suis consternée quand je suis témoin de la jubilation et même de la fascination que certains expriment autour de ce film. Je suis révoltée par son incroyable succès…Il montre encore une fois une image dégradante de l’homme et un mépris social sur grand écran.

Mika Kanane

6 commentaires »

  1. Jasmine 23 décembre 2011 à 11 h 37 min - Reply

    Je n’ai pas vu ce film, car finalement, avec trois jeunes enfants, je vais rarement au cinéma. J’ai comme tout le monde entendu que ce film était génial, qu’il avait cumulé un nombre d’entrées phénoménal, mais j’avais aussi entendu que les critiques venant des Etats-Unis sont mauvaises, car elles font état, justement, de ce qui est écrit dans ce billet.

  2. Epsztein 24 décembre 2011 à 7 h 56 min - Reply

    Moi non plus, je n’ai pas vu le film Intouchables. Mais, j’en ai vu de nombreux extraits, j’ai entendu des émissions de promotion et j’ai donc lu avec intérêt l’article de Mika Kanane. Je comprends ce qu’elle a pu ressentir. En effet, j’ai vu plusieurs films sur les « jeunes des quartiers » comme Entre les murs ou La journée de la jupe par exemple qui ont rencontré un grand succès et j’ai remarqué que l’image qui en était montré au grand public était souvent déformée et caricaturale. Ce qui m’intéresse c’est à qui profite cette image négative? Que veut-on nous faire croire? Le grand public ne mérite-t-il pas une vision plus contrastée, plus nuancée? J’attends un film comique sur le sujet qui ne joue pas uniquement sur le registre de l’émotion, du compassionnel un peu méprisant qui évite les poncifs et les stéréotypes les plus grossiers et qui nous montre une vision positive et exaltante de ces jeunes là.

  3. Pinpin 1 janvier 2012 à 14 h 47 min - Reply

    J’ai vu le film, et personnellement, il m’a plût.
    On peut critiquer l’avalanche de clichés, et tout ce qui suit dans votre article, avec lesquelles je suis d’ailleurs plutôt d’accord, mais je pense que l’intérêt du film n’est pas là.
    Ces caricatures sont ici pour servir l’aspect « comique » du film, on se retrouve donc avec de nombreuses scènes drôles, grâce a ce « décalage » qui existe entre les deux hommes provenant des deux milieux, décalage qui bien sur, est exagéré au possible.

    Pour moi, le film parle surtout de la condition d’un handicap. Lorsque qu’a lieu la scène ou Phillipe explique pourquoi il a engagé Driss, je ne suis pas certain que l’on a voulu souligner le fait qu’un homme de banlieue est juste une personne sans pitié et sans considération qui est juste munie de ses bras et ses jambes, mais plutôt que celui-ci, justement, ne porte pas attention a son handicap. Il voit Phillipe comme une personne, peut-être provenant d’un milieu diffèrent mais juste comme un homme.
    Pour moi, cette scène assez moralisatrice, nous montre comment nous devrions nous comporter face a des personnes handicapée, et ce qu’elles attendent peut-être.

    On peut aussi voir tout au long du film qu’une amitié assez forte et sincère se lie entre les deux hommes, qui montre que la barrière entre la cité et le « beau monde » n’est pas infranchissable.

    Je pense qu’il ne faut pas voir le racisme partout. Au cinéma, les stéréotype sont partout et sont au service de nombreux films (citer un film sans stéréotypes ou clichés est un vrai casse tête, pour moi en tout cas).

    Alors oui, nous avons le grand noir musclé fumant de la drogue, et le petit homme blanc très cultivé, mais je pense que ce n’est pas vraiment là que le film se joue, et que celui-ci peut nous donner matière a réfléchir.

  4. alain 11 janvier 2012 à 3 h 40 min - Reply

    il ne me reste plus qu’a voir le film pour me faire ma propre idée

  5. Amelita 20 février 2012 à 14 h 28 min - Reply

    Ce film est tiré d’une histoire vraie. J’ai vu un reportage sur les vrais protagonistes et, désolée, mais il est vraiment comme ça le garçon (on va dire « brut de décoffrage »). Ce qui est beau, c’est leur relation, c’est ce qu’ils s’apportent l’un l’autre. Dernière info : le garçon (me souviens plus de son nom) vit en Algérie pour fuir la justice marocaine car il a entubé plein de gens sur un projet que le richard soutenait (disons qu’il lui ouvrait son carnet d’adresses)… voilà, on a aussi le droit d’être con quand on est basané !

  6. Coco La Bulle 31 mars 2012 à 15 h 36 min - Reply

    Je suis entièrement d’accord, le film m’a laissé un sacré malaise : collection de clichés, personnages simplistes, tout pouvoir de l’argent… Bref je suis moi aussi consternée de voir le succès qu’il a eu. Et pourtant je suis très bon public et j’aime rire au cinéma, c’est même souvent ce que j’y recherche…

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