« Le goût des toiles », une expo de Souad Gogif

Nadia 17 février 2012 0

Sa peinture, Souad Gojif la veut allégorie de sa vision de la vie. La toile blanche, c’est la chair maculée et pure de l’enfant ou de l’ange. C’est le corps et l’âme encore vierges de toute mémoire et de tout savoir. Les épices qu’elle y colle avec des huiles naturelles, ce sont les héritages et les apprentissages qui peu à peu pénètrent et modulent ce monde des possibles. Qui le façonnent. Certains de ces principes inculqués sont vite absorbés, d’autres, plus tenaces, résistent. Les premiers sont à l’image de la cannelle, qui semble comme amoureuse de la toile et irrésistiblement pressée de ne faire plus qu’un avec elle. Les deuxièmes sont incarnés par la paprika, rebelle, qui refuse de s’accrocher. D’autres sont plus sournoises, prennent place sans problème dans la composition, avant de couler un peu, de déborder, de dessiner de nouveau contours à la composition initiale.

C’est ce qui rend la peinture de Souad Gojif si vivante, si mouvante. Ses tableaux, on sait ce qu’ils sont, mais on ne sait pas ce qu’ils peuvent être, ou ce qu’ils peuvent devenir. Ils évoluent, gratifiés d’une vie sans cesse renouvelée. Les huiles et les épices se mélangent, se fixent à la toile blanche qui les boit, puis se craquelle, modifiant à mesure que le temps passe les textures et l’allure de chaque composition. L’odeur, aussi, des tableaux, leurs couleurs, les rend vivants. Ils convoquent tous les sens. Ses matières, Souad Gojif les ramène du Maroc, elles lui rappellent les étals qui, enfant, l’émerveillaient par leurs lumineuses couleurs. Elles font revivre les joies partagées dans le secret des cuisines familiales. Elles sont son héritage, un héritage qu’elle abrite et surtout, qu’elle sublime.

Ses tableaux, c’est l’allégorie de toute sa vie. Une vie qui craquelle, qui change, mais qui s’exalte toujours, qui se renouvelle sans cesse. Qui s’obstine et qui s’acharne. Souad Gojif, qui souffre de troubles du comportement alimentaire, ne supporte plus les odeurs d’épices et de cuisine. Sauf quand elle peint. Ces épices que son corps rejette, elle les marie à une toile épurée, elle en tire une harmonie, une sereine mais puissante beauté, qui reste même si la toile craque, même si la toile change. La permanence derrière l’instantané qui bouge. Le sens profond derrière les contours d’une existence qui change. C’est la continuité d’une vie qui s’épuise et s’essouffle  dans un corps, mais qui crie dans une peinture éclatante toute sa force, sa vitalité, sa philosophie, sa créativité. Son éternité.

Exposition

Mardi 21 février, à partir de 19h. Rendez vous à la boutique-galerie  « Rue des Consuls »

24, rue au Maire, Paris 75003. Métro: Arts et métiers

 

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