Rencontre de vacances ou sur Internet, mutation professionnelle, études à terminer, les raisons de vivre l’amour à distance ne manquent pas. Ya-t-il une recette pour gagner ce pari sur l’avenir ?
‘‘La distance est à l’amour ce que le vent est au feu : Elle éteint le petit. Elle attise le grand », aime à répéter Nadia. La jeune femme de 34 ans parle en connaisseuse… « Je pourrais soutenir une thèse sur le sujet », commente-t-elle avec humour. Par deux fois, elle a cru au grand amour à distance. Et cette incorrigible optimiste s’est à chaque fois donnée à fond. « La distance est à mon sens un précieux révélateur dans une relation. Si la relation ne résiste pas, c’est qu’elle était vouée de toute façon à l’échec. La première fois, poursuit-elle, j’étais depuis trois ans avec mon amoureux quand nous avons été séparés par nos études. Il a été pris dans un I UT parisien, alors que moi je suis restée dans notre petite ville de province pour aller à la fac de Lyon. Au départ, j’étais assez confiante, triste à l’idée qu’il parte, mais sereine vis-à-vis de notre relation que je croyais solide. «
Difficile de tenir
Les deux tourtereaux s’écrivent souvent des missives enflammées et s’appellent tous les soirs. Si lui est libre de parler librement, pour Nadia, c’est plus compliqué. « Nous n’étions pas encore à l’ère des portables, donc il devait m’appeler sur le téléphone fixe qui trônait dans le salon, juste à côté du fauteuil préféré de mon papa (rires). Donc on rusait, je faisais comme si c’était une copine, ou je le rappelais d’une cabine téléphonique. Je suis pliée de rire quand je me souviens de cette époque », raconte-t-elle. Mais les mois passent, difficile de tenir avec quelques lettres et les rares visites de Mehdi : « A chaque fois qu’il revenait, il était très pris par sa famille, surtout sa mère, qui ne supportait pas qu’il puisse sortir ‘traîner’, comme elle disait. Elle estimait qu’il faisait ce qu’il voulait à Paris mais qu’ici, il était là pour être avec eux. C’était donc difficile d’avoir des moments pour nous. »
Visite surprise
Néanmoins, la jeune femme essaye de se montrer patiente : « J’avais à peine 20 ans, c’était mon premier amour, je croyais qu’on serait inséparables Mes copines tentaient de me faire comprendre qu’il devait prendre du bon temps seul à Paris. Je les traitais de jalouses! »
Hélas, ces amies ne sont pas très loin de la vérité, comme elle l’apprendra à ses dépens deux ans plus tard. « Pour son anniversaire, je suis montée lui faire une surprise à Paris. J’avais vu les choses en grand, j’avais réservé une table au resto, acheté la montre de ses rêves, j’étais impatiente de le retrouver. J’attendais depuis quelques minutes devant chez lui quand je l’ai vu arriver en tenant la main d’une blondasse. Quand il m’a vue, il est devenu livide et moi j’étais anéantie. »
Devant Nadia, Mehdi tente de nier l’évidence. « Il a bien essayé de me reconquérir mais j’étais trop blessée pour l’écouter et accepter ses excuses. « Elle avoue avoir eu du mal à digérer cet affront. L’été suivant, Nadia part avec trois de ses amies au Maroc. Sa tante, mise dans la confidence, lui présente plusieurs « bons partis ». Mais la jeune femme refuse de leur laisser la moindre chance. « Je n’avais aucune envie d’être déçue à nouveau et surtout de vivre une relation à distance. Lui au Maroc, moi en France, je savais que ce serait une énorme erreur. « En bord de mer, ses amies et elle rencontrent un groupe de garçons venus de Marseille. Ils passent tout leur séjour ensemble. Des affinités se créent… Et Nadia n’est pas en reste. Ses amies sont horrifiées lorsqu’elles la voient se rapprocher de Hichem. Le jeune homme a, en effet, la réputation d’être un briseur de cœurs. Mais rien n’y fait, Nadia craque complètement pour lui. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point! », s’esclaffe Nadia en citant le philosophe Biaise Pascal. De retour en France, elle multiplie les allers-retours à Marseille. « Je ne voulais pas reproduire les mêmes erreurs qu’avec Mehdi et, surtout, mon capital confiance était déjà pas mal entamé! » Très amoureuse, elle ne supporte pas les réserves de son entourage qui la sermonne sans cesse sur sa fougue et son trop grand empressement.
Trouver la perle rare…
« Je n’y peux rien, je suis comme ça dans la vie également. Je fonce, je réfléchis après. La blague préférée de mes copines, c’est de me dire qu’on va placer mon cœur dans un coffret à la banque et qu’on le sortira quand j’aurai vraiment trouvé la perle rare! » Et Hichem se révélera être tout sauf la perle rare: « Il n’était pas du tout investi dans notre histoire. Avec le recul, je pense que je n’étais pour lui qu’une amourette de vacances, malgré ses promesses. »
Aujourd’hui, à nouveau célibataire (après une autre longue histoire d’amour avec un homme de sa ville natale), la jeune femme ne s’avoue pourtant pas vaincue. « Bien que cela n’ait pas fonctionné pour moi, je continue à croire à l’amour à distance. Je pense qu’il suffit simplement de tomber sur la bonne personne. «
L’amour hyperconnecté
Farida aussi croit à l’amour à distance. A 38 ans, cette maman divorcée lilloise est amoureuse depuis deux ans d’un homme qui vit de l’autre côté de l’Atlantique, au Canada. Ils se sont rencontrés sur un réseau social. Coup de chance, lui aussi est divorcé et leurs métiers sont très proches. « Je suis dans la communication, il est dans le marketing, c’est fou quand on y pense, non ? », note Farida. Peu à peu, leurs échanges prennent une autre tournure. « Les jours où il n’était pas connecté, je ressentais une sorte de manque et j’allais voir toutes les cinq minutes s’il n’avait rien posté! »
Neuf mois après leur rencontre virtuelle, ils s’avouent une attirance réciproque. Tous deux d’origine tunisienne, ils prévoient donc de se retrouver au pays lors des vacances d’été. « C’était encore mieux que tout ce que j’avais imaginé. Il a été plus que charmant, très attentionné durant tout notre séjour. C’était tellement naturel, tellement dans l’ordre des choses. » Elle d’habitude si méfiante, accepte de lui présenter ses enfants. « Ils l’ont adoré. C’était pour moi la cerise sur le gâteau », se souvient-elle.
Les adieux sont déchirants. Heureusement, les nouvelles technologies réduisent les distances: mails, SMS, Skype… les deux amoureux sont hyperconnectés. « C’est rassurant de pouvoir se joindre facilement. Je lui raconte ma journée, mes joies, mes soucis, comme ‘en vrai’, voire plus: sans ciné ni resta, on parle davantage. J’ai l’impression de faire partie de sa vie et ça, c’est vraiment magique. »
Happy end
Les récents événements en Tunisie les ont poussé à envisager de s’installer ensemble là-bas. « J’aimerais y ouvrir une boîte dans l’événementiel. Il est partant. Sinon, il s’installera ici, dans le Nord ». Tout ça, après leur mariage, dont ils n’ont pas encore arrêté la date.
Un happy end qui devrait rassurer Mounir. Ce trentenaire parisien est amoureux depuis cet été d’une jeune femme restée à Casablanca. Pour revoir sa belle, il a déjà fait deux fois le voyage en trois mois, au grand bonheur de ses sœurs, qui espèrent bien le voir convoler bientôt. « Elles sont au courant depuis le début car c’est une de leurs amies. Elles me ‘charrient’ car je suis souvent absorbé par mon smartphone quand je passe les voir. Ma mère s’en doute, je pense que mes sœurs lui ont tout déballé (rires) car elle a n’arrête pas de me glisser des sous-entendus. « Seul bémol à son bonheur, l’argent. « Ce n’est pas très romantique à dire, mais c’est cher de s’aimer à distance: le téléphone, les billets d’avions, les restrictions pour pouvoir la voir au moins toutes les six semaines… En fait, je pense que cela ne marchera pas entre nous. Loin des yeux, loin du cœur, comme on dit! »
Le principal « ciment » d’une relation durable à distance reste la confiance, aussi précieuse que l’amour pour consolider l’attachement entre deux êtres. « Plus l’être aimé est loin et plus on a tendance à s’imaginer des scénarios dignes d’Hollywood. On projette nos propres peurs sur l’autre: abandon, trahison. Nous avons une vision tronquée de l’amour, issue des contes de fées, ‘ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants’. Mais on ne les voit pas vivre ensemble. On ne sait pas s’il y a des scènes de ménages ni quelles difficultés ils devront dépasser », explique la psychanalyste et écrivain Sylvie Tenenbaum (I).
(I) Auteur de Bien vivre sa vie de couple (Interéditions), L’art de s’aimer sans mots et Cherche désespérément l’homme de ma vie (les deux, Albin Michel).
Nadia Hathroubi-Safsaf














